
La démocratie est le pire des régimes, à l’exception de tous les autres. – Winston Churchill
En effet, plus le temps passe, moins ce système est efficient. Chaque élection est pire que la précédente, et la plupart des Etats régressent. Dans mon article sur le cynisme et l’économie, je conclue en disant que les politiques pratiquent l’idéologie et le pathos à l’échelle nationale, et on m’a reproché de ne pas avoir assez développé ce point là. Voici une occasion pour moi de me rattraper.
Aujourd’hui, les idées servent à acquérir des voix, et non plus à valoriser l’Etat, ou à servir les intérêts du peuple. Les politiques font des promesses (parfois fantaisistes) afin d’attirer les électeurs et se retrouvent ensuite obligés de les respecter. C’est par exemple ce qui est arrivé avec les 35h pendant les législatives de 1997, promesse désespérée prononcée pendant la campagne électorale, alors que le Parti Socialiste se pensait largement dépassé par le RPR. L’idée de réduire le temps de travail pour créer plus d’emploi, qui semblait plutôt séduisante, a ouvert les portes du gouvernement au PS, et eut l’effet désastreux que l’on connaît. Ce propos est peut-être subjectif, mais une chose est certaine, le partage du temps de travail n’a pas créé d’emplois, comme pourtant annoncé.
Profitant de leur place au gouvernement, et avant les périodes électorales, les partis au pouvoir mettent en place certaines mesures, accèdent aux demandes de certains électeurs, afin d’augmenter leurs chances d’emporter les prochains suffrages. Aussi, pour garantir la crédibilité de leur formation et souder leur majorité, ils appuient des projets de lois, même si l’opposition et les citoyens mettent en avant des arguments valables. C’est ce qui est arrivé avec Hadopi.
Autre conséquence de l’électoralisme, les gouvernements cèdent face aux groupes d’électeurs, face aux lobbys, cèdent à des demandes parfois fantasques, souvent égoïstes. Pour s’assurer des voix, les gouvernements s’adonnent à l’interventionnisme, un des principaux fléaux d’une économie mondialisée. Que les pressions viennent du patronat ou des salariés, elles sont souvent le fruit d’une réflexion privée d’une vision d’ensemble, et poussées par un désir de préservation des intérêts personnels des demandeurs.
Par exemple, récemment, les employés de Continental qui, suite à des pressions et diverses et nombreuses enfreintes à la loi, se sont vus attribuer une indemnité de licenciement de cinquante mille euros chacun, soit soixante millions d’euros pour mille deux cent employés. Cette indemnité sort bien sûr de la poche de Continental, et a deux conséquences majeures.
La première concerne bien sûr l’entreprise, car si elle ferme deux sites en Europe (l’usine française de Clairoix et l’usine allemande de Hanovre) alors qu’elle est encore bénéficiaire, c’est évidemment pour le rester, parce que les prévisions (faites par des experts autrement plus qualifiés que les ouvriers de cette entreprise) annoncent une phase déficitaire dans les prochains mois. Le paiement de cette indemnité pèse donc sur l’entreprise, comme pour les punir d’avoir veillé à préserver leur activité.
L’autre conséquence concerne la France, et son image auprès des entreprises du monde. En effet, quelle entreprise voudrait implanter une usine en France sachant que si le contexte économique se dégrade et pousse à la fermeture de l’espace de production, elle devra en payer deux fois le prix ? On s’étonne ensuite que des groupes comme BMW abandonnent leurs projets d’implantation, comme celui que ce dernier envisageait de mener en Alsace.
Ainsi l’économie nationale et mondiale se retrouvent trop souvent frappées de plein fouet par les désirs égoïstes de groupes d’électeurs, assouvis par l’ambition des hommes politiques.
On peut reprocher aussi à notre système, et c’est là où les libéraux et les anarchistes se rejoignent, d’être un grand oppresseur des masses. En effet, la démocratie offre à la majorité les moyens d’écraser les minorités. Quand des élus socialistes entrent au gouvernement, ils appliquent des mesures nuisibles pour les libéraux. Quand des libéraux prennent le pouvoir (ça n’arrive jamais, mais on peut rêver), ils empêchent les socialistes de vivre leur idéal. Ainsi, le « pouvoir au peuple » est une machine à produire l’insatisfaction collective. Cette machine justifie par l’élection les injonctions ministérielle, bonnes ou mauvaises, sanctionnant parfois durement ceux qui refusent de s’y soumettre.
De plus, lorsqu’un gouvernement envisage de réformer le système, il s’engage souvent dans une politique de long terme, avec la plupart du temps des phases qui déplaisent aux électeurs (on se défait difficilement de ses acquis, surtout en France), mais qui sont pourtant nécessaires, et qui font partie des promesses électorales. Lorsque la mise en place de cette politique dure plus longtemps que le mandat, et qu’il n’est pas reconduit aux élections suivantes, le gouvernement peut alors changer tout à fait de cap. Ainsi, les gouvernements démocratiques sont instables, et peuvent très difficilement entreprendre des stratégies de long terme. L’Etat devient alors une structure uniquement opérationnelle, qui traite les affaires sur le tard, qui envisage les choses sur le court et moyen terme, alors que l’économie est une affaire de stratégie, de long terme.
Ainsi, nous nous réjouissons d’avoir un système démocratique, car nous vomissons, tous autant que nous sommes, les systèmes totalitaires. Même s’il existe des exemples de croissance économique formidable sous certains régimes dictatoriaux (retenons l’exemple du Chili sous Pinochet), nous ne pouvons accepter ces comportements injustes, car les Droits de l’Homme ne peuvent être bafoués. D’autant que, si la croissance est possible sous certains régimes dictatoriaux, elle l’est tout autant dans les pays démocratiques. On ne peut donc pas conclure que pour une bonne économie, il faut une bonne dictature.
Pourtant, il est évident qu’il faut optimiser les régimes démocratiques. Car tous ces obstacles cités plus haut sont réels. Dans le cas de la France, qui est celui qui me préoccupe le plus, ils peuvent mener à la ruine du pays, et comme au Chili, à une dictature. En effet, la dette publique est colossale, et voilà qu’on veut encore aller plus loin en empruntant 100 milliards d’euros. Il y a un moment où ça va céder, comme en Argentine.
Mais si la démocratie ne va pas, qu’est-ce qu’on peut faire ? Existe-t-il des solutions ? Aujourd’hui, non, il n’en existe pas. En l’état, l’électoralisme sera toujours un fléau. Les politiques d’Etat ne pourront pas être menées jusqu’au bout. La dette publique s’élargira. Il n’y a pas vraiment de solution. Il faut néanmoins avoir conscience de tous ces problèmes, il faut les garder en tête.
Car s’il n’y a pas de solutions, il y a toujours des pistes de réflexions. Une de celles qui me séduisent est explorée par Christian Michel (un chef d’entreprise à la fois libéral et engagé) sur ce test (que je vous conseil de faire) à la dernière question. L’idée est de séparer la politique de l’Etat. L’idée est de répondre à ces questions « Pourquoi les uns cherchent-ils à imposer aux autres leur style de vie, c’est-à-dire pourquoi y a-t-il de la politique ? Pourquoi les socialistes ne sont-ils pas socialistes entre eux ? Et, de même, pourquoi les conservateurs ne laissent-ils pas ceux qui le souhaitent adopter d’autres valeurs ? Le conflit n’est pas entre la droite et la gauche, il est entre la liberté et la violence. »
Je vous conseille de lire cette « question de rattrapage », puisque cet homme saura mieux que moi vous décrire son idée qui correspond à cette proposition : « Arrêtons de vouloir forcer autrui à vivre comme nous. »

11 novembre 2009 at 0 h 39 min
La démocratie est une invention grecque conçue pour remplacer les jeux du cirque.
11 novembre 2009 at 15 h 31 min
Il est sympa le Christian Michel mais à mon avis y prend trop de demi mesures, faudrait tout simplement se débarasser de l’Etat et que chacun puisse faire ce qu’il veut, notamment créer son club de libre échangistes, communistes et églises.
Concernant le commentaire précédent, je sais pas si ça relevait de l’ironie ou de l’effet de style mais y me semble qu’y a un problème quelque part dans ta connaissance de l’histoire, plus précisement la période de l’antiquité (y’a un truc avec le pseudo aussi mais ce coup là je vais être indulgent et penser à un jeu de mots).
11 novembre 2009 at 23 h 57 min
Se débarrasser de l’Etat ? Oui super idée. J’adore, c’est génial !
Il y a quand même une seule chose qui maintient l’ordre, c’est l’Etat. Dans tous les cas, il est indispensable. Et c’est en partie parce qu’il le sait qu’il est un problème.
Tu imagines vraiment que s’il n’y avait pas de police et d’armée, on ferait pas tout pour s’enculer ? Tu crois qu’on n’a pas besoin de l’Etat pour gérer les crises ? Pas les crises économiques hein, je parle des épidémies, des catastrophes naturelles, etc… Tu crois que sans l’Etat, on aurait des infrastructures entretenues ?
C’est l’idéal des anarchistes ça, ils se disent que sans Etat, on va tous devenir d’un coup gentils, qu’on aura plus d’inondations, d’épidémies de grippes, etc…
L’Etat est indispensable, il faut juste réduire son champ d’action.
14 novembre 2009 at 18 h 13 min
Ta réflexion est bien menée, même si les critiques sur le modèle démocratique ont toujours été légions, depuis Platon en fait. Toutefois, lorsque tu dis que la « démocratie offre les moyens à la majorité d’écraser la minorité » je suis perplexe. La majorité doit composer avec la minorité pour accroître sa marge de manoeuvre, elle ne peut l’ignorer ou l’oppresser dans le cadre du modèle démocratique. La majorité est même, en principe, l’émanation de la minorité qui doit s’y reconnaître, dans le cas contraire, cela revient à refuser le « jeu » démocratique.
J’aurais plein d’autres trucs à dire, je pourrais ressortir mes cours de philo, sur Rouseau notamment parce que la question de l’État me passionne
D’ailleurs je te conseille un livre : l’Homme et l’État de Jacques Maritain qui pose la question de l’État d’un point de vue philosophique, c’est extrêmement intéressant. Je n’ai découvert qu’après que l’auteur était imprégné de la pensée catholique, mais il est avant tout humaniste démocratique …