En France, le clivage gauche droite est prépondérant en plus d’être perpétuel. Il est en effet omniprésent dans le débat politique : il le formate. Il n’est pas rare, même plutôt fréquent, que lors d’un débat de fond sur quelconque question, on me demande où est-ce que je me positionne sur l’échiquier politique. Est-ce que je suis de gauche ? Est-ce que je suis de droite ? Ces questions deviennent même parfois plus importantes pour mes interlocuteurs que le débat lui-même.

L’origine de cette représentation de la sphère politique est l’Assemblée constituante de 1789, au cours de laquelle les députés se séparèrent à droite et à gauche du président de l’assemblée. Les partisans du droit de véto pour le roi, constitués de nobles et de membres du clergé, se placèrent à droite. Les patriotes (constitués de membres du Tiers état) à l’opposé, à gauche.
De cette époque nous avons conservé le clivage. Les conservateurs, partisans de l’autorité en place, sont à droite. Les progressistes, partisans d’une transformation sociale, se placent à gauche de l’hémicycle du Palais Bourbon. Cette représentation est reprise dans la plupart des pays organisés en assemblée. Dans les pays anglo-saxons, on parle de « Right » et de « Left » et « New Left ». En Russie, la droite est très logiquement occupée par le Parti Communiste, puisque ses membres sont opposés aux réformes. Car la transformation sociale russe est une route vers la capitalisation du pays.

Considérant le fonctionnement de la France, l’UMP et le Parti Socialiste sont-ils toujours à leur place ? La question se pose, car le Parti Socialiste souhaite conserver le fonctionnement actuel de l’Etat, et souhaite même augmenter la protection sociale pourvue par l’Etat-providence. Ainsi aujourd’hui, les conservateurs sont socialistes.
Qu’en est-il de l’UMP ? Ce parti annonce vouloir réformer le fonctionnement de l’Etat, en essayant de restructurer l’aide sociale. Mais avec des réformes comme le RSA, avec des actions comme le grand emprunt national et le plan de relance, l’UMP reste profondément keynésien. L’UMP est donc, lui aussi, conservateur.
Etant tous les deux conservateurs, leur position distinctives sont finalement faussées. En appliquant strictement le processus du clivage gauche-droite, l’UMP est en effet à droite, mais le PS, lui, l’est encore plus. Si j’étais gonflé, je pourrais même parler d’extrême droite, bien que cette place serait logiquement occupée par les communistes.

Et dans tout ça, le centre, c’est quoi ? C’est un parti qui « provide » un peu mais pas trop ? C’est un parti qui conserve avec des additifs, comme des colorants ? Non, vraiment, je fais des blagues (mauvaises d’ailleurs), mais je me pose réellement la question. Dans un échiquier « respecté » ou dans l’actuel, quel est le positionnement du MoDem ou du Nouveau Centre (qui envisage de reprendre l’étiquette UDF) ? Ils mettent en avant la démocratie. Mouvement Démocrate, Union pour la Démocratie Française… C’est joli, mais ça ne veut pas dire grand chose en vérité. Le but est-il de prendre les idées qui claquent par-ci par là, d’être une troisième voix, enfin en gros, de ramasser les miettes ?
Fruit d’un échiquier mal branlé, le « Centre » n’est que l’éjaculation de masturbateurs intellectuels réunis autour d’un but commun : être élu quelque part.

Il existe d’autres modèles pour représenter le paysage politique. Par exemple, on peut définir une organisation des partis autour d’un axe mesurant le degré d’interventionnisme de l’Etat, allant de l’anarchisme au totalitarisme. Mais on risque encore une fois d’avoir un centre qui ne veut rien dire, et il n’existe pas de partis anarchistes, encore moins de partis totalitaristes. Ce modèle est peut-être meilleur que l’actuel, mais pas convaincant.

David Nolan (fondateur du Parti libertarien américain), a défini une lecture alternative du clivage gauche-droite. Il a séparé les question économiques et sociales. Il montre ainsi les libertés économiques sur l’axe des abscisses et les libertés individuelles en ordonnée. Ainsi, la représentation de la place d’un parti sur l’échiquier est un peu plus complète, elle offre plus de paramètres. Mais une question demeure, celle de la justesse du positionnement des partis sur le diagramme. En effet, l’utilisation de ce diagramme est forcément arbitraire, donc pas nécessairement juste ni honnête.

Il existe d’autres modèles présentés sur la page Wikipédia « Echiquier politique », mais aucun ne me semble réellement adéquat. Car, une fois positionné quelque part sur l’échiquier, un parti se retrouve finalement cantonné dans sa case. Il va être obligé de ne pas mordre sur les lignes, et sa position va influencer la place du parti dans l’esprit des électeurs. De telles distinctions sont trop réductrices, bien souvent arbitraires et elles faussent le débat en occultant le fond, les idées, au profit de la forme.

Finalement, est-il vraiment utile d’essayer de représenter les partis graphiquement ? Est-il utile de regrouper les idées selon des concepts de « droite et de gauche », de « progressistes et conservateurs », ou d’autres encore ? Les idées ne sont-elles pas plus importantes ?

Dans un paysage politique où ses acteurs sont surtout animés par leur réussite personnelle, il serait plus intéressant de laisser libre cours aux idées, aux véritables propositions, afin de court-circuiter les ambitions personnelles des grands magnats des sphères politiques au profit, pour une fois, des citoyens et de leur Etat.

8 réponse pour “De la gauche et de la droite mon cœur se balance”

  1. Selenite :

    Tu le dis toi-même : « Les idées ne sont-elles pas plus importantes ? »
    C’est le fond de la pensée du MoDem depuis sa création. Considérer non pas l’appartenance à un côté ou un autre, mais les idées et la personnalité de chaque membre du gouvernement. Concept repris par le gouvernement actuel dans son idée d’ouverture.

    Dès lors, tu l’as, ta réponse sur l’intérêt du centre : abolir les schémas et commencer à gouverner efficacement, en laissant de côté les intérêts liés au parti.
    Mais l’homme est ce qu’il est, et on voit le résultat.

    Autrement, je trouve pour ma part très intéressant l’idée de trouver un schéma le plus proche possible de la réalité du clivage et des opinions politiques.

  2. JiBé :

    Article intéressant. Mais je me demandais : si ce n’est certes que les idées importantes, n’est-il pas nécessaire de conserver un « clivage gauche-droite »? Même si on sait que ce clivage est purement fictif (voir les hommes politique passant de gauche à droite, et inversement), je pense que les 3/4 des votant ne voient pas plus loin que ça. Et pire en fait, qu’ils n’en ont pas l’envie… J’espère comme toi l’arrivée d’idées neuves (ou plutôt me désespère en entendant parler de « Réforme », alors qu’ils ne s’agit que de soi-disant remèdes éculés…), mais cela est il possible? Ou doit on en passer par une période de grave crise institutionnelle, politique et sociale? Je n’espère pas…

    J’ai des convictions de gauche, mais j’avoue que j’aurais du mal à me situer sur le diagramme libertarien. D’ailleurs ce mouvement m’intéresse, bien que je n’en ai pas compris totalement la vision…

    ps : « Fruit d’un échiquier mal branlé, le « Centre » n’est que l’éjaculation de masturbateurs intellectuels réunis autour d’un but commun : être élu quelque part. » Cette phrase absolument mythique, tu me pardonnera de la noter quelque part pour la ressortir de temps à autre à des centristes persuadés d’avoir eu la révélation divine ^^ (quelque soit la divinité, je suis ouvert…).

  3. Nicolas Chavardès :

    Pourquoi pas, Selenite, mais dans la pratique, j’ai l’impression que Bayrou ne joue que le rôle de l’opposition, je n’ai pas perçu quoi que ce soit de vraiment concret… Et la plupart des centristes sont les baltringues des différents gouvernements…

    Bref, je répondrai de façon un peu plus complète/concrète tout à l’heure, notamment à JiBé, là j’ai pas vraiment le temps.

  4. Selenite :

    Oui, dans la pratique, je suis bien d’accord. Il brandit son étendard en faisant de grands moulinets avec les bras, utilises des phrases choc mais ne fait rien avancer du tout. Et j’en suis le premier peiné.

    Ce que dit JiBé est vrai, les gens ont besoin de choix simples et définitifs pour voter. Il faut choisir, mais sans trop réfléchir. Peut-être est-ce un mal nécessaire, mais on ne m’enlèvera pas de l’idée que c’est une des raisons du manque d’efficacité de ce système.

    Après, est-ce que l’individualisme (dans le sens « mettre l’individu et ses idées au centre du débat et pas une masse convergente d’idées similaires ») ne donnerait pas lieu à des pratiques de marketing personnel douteuses, rien n’est moins sûr…

  5. Nicolas Chavardès :

    J’ai complètement chié, désolé, j’étais crevé ces jours-ci.
    Je réponds après le dîner :)

  6. Nicolas Chavardès :

    Bon comme promis je vous réponds enfin. Désolé d’avoir mis autant de temps, je suis crevé en ce moment :(

    Un des gros problèmes de la démocratie, c’est que la plupart des votants ne comprennent rien à l’économie et à la société en général. C’est pour ça que faciliter leur choix par ce clivage gauche/droite est un massacre !
    On se retrouve avec une succession de connards à la tête du gouvernement depuis des années et des années.

    Si les électeurs sont perdus, tant mieux ! Ca les incitera à réfléchir un peu plus avant de voter, et à éviter de nouveaux Aubrys, Jospins, Chiracs, Sarkozys, Mitterands et Giscards !

    Concernant la pensée libérale (libertarienne, c’est pareil), hmm, c’est difficile à décrire. Disons que dans un commentaire, c’est trop court pour faire une description.
    On pourra en parler à l’occasion. En attendant, voici quelques liens qui peuvent te renseigner. Je ne partage pas nécessairement toutes les positions que tu verras, mais la plupart me semblent éclairées.

    http://www.liberte-cherie.com
    http://zlavequelibre.wordpress.com/ (Blog d’un ami libéral)
    http://jesrad.wordpress.com/ (blog de libéraux)
    Le wikiberal, très complet, mais difficile à aborder quand on ne sait pas très bien quoi chercher : http://www.wikiberal.org/wiki/Accueil

    Le site d’Alternative Liberale, un des seuls partis libéraux, le seul parti qui reçoit ma voix http://www.alternative-liberale.fr/

  7. JiBé :

    Hmmm j’ai parcouru un peu les sites que tu m’a conseillé, bon je trouve ça un peu flou comme voie. J’ai l’impression qu’ils agitent de grands principes, sans vraiment avoir de réelles capacités d’application. Mais peut-être que je me trompe ^^ je regarde la politique de trop loin pour tout comprendre.

    Les électeurs sont perdus, certes, mais n’ont aucune envie de réfléchir pour la plupart, c’est ce que la politique de masse engendre. Je suis pas du tout pour un régime autoritaire bien sûr :) mais je pense que le fait que la grande partie des votants dans un système d’élections au suffrage universel ne s’impliquent pas intellectuellement dans le processus de vote est inévitable… et je doute qu’ils puissent compter sur une grande majorité de médias pour se construire une vision politique claire.Peut-être suis-je pessimiste, mais quand j’entends parler certaines personnes autours de moi, qui ont pourtant un certain niveau de connaissances, qui devraient leur permettre de réfléchir, ca me fait peur. Alors la grande majorité des gens….

    [HS]C’est en partie pour ça que la suppression (ou en tout cas la transformation en « option ») de l’histoire-géo en Term S me fait peur. Oh je sais que la plupart des élèves de cette filière n’ont de toute façon pas un haut niveau de culture G, mais quand même… [/HS => désolé pour ca, ce sujet me passionne :)]

    ps : le violet d’Alternative Libérale me rappelle un peu la pourpre impériale, c’est pas très bon ^^ ».

  8. Lectures de la Semaine sélectionnées par Guillaume #02 | Guillaume Cause :

    [...] Politique. Une réflexion sur clivage gauche-droite intéressante. [...]

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