Ce matin, j’ai reçu une copie d’un mail qui semblait originalement être destiné à une chaîne de télé, TF1 ou France 2. Enfin bon, c’est pas vraiment important. Je ne connais donc pas l’auteur, c’est anonyme, ce n’est peut-être même pas un courrier de téléspectateur.
Bref, ce mail n’est clairement pas d’origine contrôlée. Et ce n’est pas ici la forme qui m’intéresse mais le fond. Je le précise car l’appréciation du style de l’auteur est plutôt franchement subjective.

Le fond, le propos, donc, est pertinent. Il me semble plutôt réaliste. Ce n’est pas celui d’un théoricien, ce n’est pas celui d’un économiste, ni d’un sociologue. C’est, ou ça pourrait être, le propos d’un français moyen. D’un français qui observe la situation actuelle d’un œil simple mais lucide.

Bref, voici donc cette lettre, qui sera complétée par mon avis, car c’est pour vous le dispenser que je tiens ce blog.

A l’attention du Responsable du Journal télévisé

le 9 Novembre 2009

Objet : Les « sans papiers ».

Messieurs,

Hier soir, dimanche 8 Novembre 2009, aux actualités du 20 heures, vous nous
avez, à nouveau, sensibilisé au problème des « sans papiers » : c’est un
leitmotiv récurrent chez les journalistes ….
Si je comprends bien l’angoisse de ces gens de vivre dans l’insécurité du
lendemain, (car moi je les fréquente 2 jours par semaine) je peux vous dire
que votre reportage m’a fait bondir car vous occultez systématiquement une bonne
partie du problème :

Ils sont venus ici en connaissance de cause et en sachant qu’ils violaient
les lois françaises sur l’immigration, et savaient très bien qu’ils devaient
préalablement demander un visa .

Ils travaillent illégalement « au noir » (car il faut bien qu’ils se
nourrissent), en toute connaissance de cause, mais se servent ensuite de cet
alibi pour réclamer, devant vos caméras compatissantes, la régularisation de
leur situation : ils étalent ainsi leurs violations des lois françaises pour
revendiquer leur régularisation : c’est un comble …. et en plus vous les
soutenez…. faisant ainsi l’apologie de la violation de nos lois !!!

Pourquoi n’avoir pas dit aux téléspectateurs que ces gens n’étaient pas aussi
malheureux que vous voulez bien le faire croire (ils étaient tous en forme et
chaudement vêtus) et que :

- ils ont accès aux soins gratuits par l’AME ( Aide Médicalisée d’Etat ),

- Ils ont droit à la CMU dans l’attente de leur régularisation (et à la carte

vitale que certains considèrent comme une véritable reconnaissance de leurs droits),

- Leurs enfants sont accueillis immédiatement et gratuitement dans nos écoles,

- Ils obtiennent des logements par des contacts déjà en place,

Certains d’entre eux, régularisés, m’ont même dit que, maintenant qu’ils étaient
en règle, ils avaient beaucoup plus de mal à trouver un emploi qu’avant !!!

Je me permets de vous informer aussi que, pour beaucoup d’entre eux, la
régularisation est un moyen d’avoir accès à beaucoup d’autres avantages sociaux
( et pas forcément au travail ) et qu’une fois régularisés, ils me font
faire, par exemple, des dossiers MDPH pour faire reconnaître une invalidité ( pour eux
ou leur femme ) afin de toucher l’AAH ( allocation adulte handicapé ).sans avoir à travailler !

Quant aux demandes de nationalité française que je fais, elles concernent
surtout des 50 ans et plus qui veulent pouvoir faire librement la navette entre
leur pays du Maghreb et la France pour pouvoir se faire soigner chez nous.

quelle motivation et quel amour de la France !!!!

A titre d’exemple, je vous citerai l’histoire d’une jeune femme qui a fait
venir sa mère de 80 ans, en France pour 3 mois en vacances touristiques : la mère
n’est jamais repartie, est devenue « sans papier » et s’est faite opérée au
titre de L’AME gratuitement d’une prothèse de la hanche ; puis elle s’est
maintenue sous prétexte de soins consécutifs et a obtenu la régularisation de
ses papiers. Elle sera ainsi soignée gratuitement jusqu’à la fin de ses jours
alors qu’elle n’a jamais séjournée en France et n’a jamais cotisé !!!!

Personnellement je vois ces cas à longueur d’année ; je ne suis pas assis
derrière un beau bureau, grassement payé, pour diffuser des messages
humanitaires ! Mais je peux vous dire qu’au rythme des entrées illégales
actuelles, notre système social ne survivra pas longtemps : vous feriez bien d’y
réfléchir et d’en informer les français : ça se serait de l’Information !!!!

Continuez également, pendant que vous y êtes, à jouer les outragés quand on
renvoie 3 afghans en situation irrégulière chez eux : croyez moi vous allez
encore faire bouillir beaucoup de téléspectateurs !!!

Sincères salutations.

Ce que cette personne raconte ici est plein de sens. Ce n’est pas un réquisitoire à l’encontre l’immigration, pas du tout. Il ne faut vraiment pas le prendre ainsi. Non, c’est plutôt une description des réalités de l’immigration en France.
C’est vrai, l’immigration clandestine, comme son nom l’indique d’ailleurs, est hors la loi. Il y a des lois, et leur définition indique qu’elles doivent être respectées. Et tant que le corps législatif n’aura pas modifié nos règles, alors l’immigration clandestine restera un crime. A mon avis, d’ailleurs, l’ouverture des frontières est une bonne idée.

Je l’ai déjà dit sur ce blog, je suis pour l’ouverture des frontières. Je suis un éternel partisan du libre échange. Et l’Homme doit lui aussi pouvoir passer d’une région, d’un pays ou d’un continent à l’autre en toute liberté. C’est bon pour l’économie, c’est bon pour l’échange culturel, c’est bon pour l’innovation, c’est bon pour tout un tas de choses, finalement.

Mais, oui y’a un mais. Mais, dans le contexte actuel de la France, l’immigration doit être contrôlée. Elle doit être choisie. Elle doit être limitée. Ca vous semble paradoxal comme position ? Je comprends. Ca l’est.
Le problème aujourd’hui en France, comme le signale avec beaucoup de pertinence cet anonyme, c’est qu’avec trop de social, dispensé les yeux fermés, l’immigration peut difficilement être favorable. Elle ne peut l’être ni pour le pays d’accueil ni pour le pays d’origine. Pour le pays d’accueil, dans le cas de la France en particulier, il dépense un tas de fric pour des personnes qui ne cotisent même pas. Et le pays d’origine, lui, perd ses travailleurs et ses cerveaux. Et, comme l’a souligné Frédéric Lefevbre, quand il est en guerre, le pays d’origine perd aussi des combattants. « La guerre c’est mal mumumumum » c’est vrai, mais si tous les « gentils » s’en vont, et ben les méchants ils gagnent.

Tant que la France sera ultra-sociale et tant que les lois ne seront ni modifiées ni clarifiées, nos frontières ne pourront décemment pas être totalement ouvertes et les sans papiers encore moins régularisés. Dans le contexte actuel, ceci ne se ferait qu’au préjudice de la stabilité de notre État, et causerait à terme la ruine de notre système social déjà en branle.

8 réponse pour “Un billet sur les « sans papiers ».”

  1. Selenite :

    Les papillons vont vers la lumière.
    On en revient toujours au même point : la politique n’est possible qu’avec du recul, le social au cas par cas. Il est peut-être impensable d’accepter tout le monde, c’est presque une évidence ; il est tout aussi impensable pour beaucoup de ne pas aider une personne à se faire une autre vie, si elle en exprime le besoin (vital ou non).

    (Ca me rappelle le fameux « Moi j’suis raciste… mais toi c’pas pareil, t’es mon meilleur pote ! Mais ils font chier quand même ces cons de rebeus. » – je sais pas si c’est clair, moi je trouve que ça illustre bien)

    Même si je sais pertinemment que dans la théorie, il n’y a probablement pas d’autre solution, je ne pourrais pas me résoudre à mettre (en personne) dans l’avion des Afghans qui à l’atterrissage vont retrouver les explosions et les tirs. Et rien à foutre de la nécessité de se battre.

    Je ne suis pas fait pour la politique, je crois, mes opinions ne feront jamais un programme.

  2. Myth :

    J’ai une idée toute bête: pourquoi est-ce que ne se bougerait pas les fesses pour aider les pays dans la mouise à devenir assez dynamiques pour que des types n’en viennent pas à se dire « même si je traverse 400 bornes à la nage et que je dors dans la rue par -15°C, la situation sera moins pire qu’ici » ?

  3. Nicolas Chavardès :

    Pourquoi pas, Myth, ça me semble pas idiot comme proposition. Mais t’as une idée de comment l’appliquer ?
    Parce que filer des millions à des pays « en développement », ça marche pas. Ca a été testé hein. Mais au final ça fait juste des dettes qui attendent d’être annulées.

    Selenite, tu pourrais peut-être faire un bon politique. Car de ses opinions, le politique qui connaît le succès ne s’en préoccupe guère. Le politique triomphant s’oublie. Ses convictions s’effacent face à celles des électeurs.
    Le politique ne cherche pas à convaincre l’opinion, il cherche à se fondre en elle, et à tirer la couverture vers lui.
    (Putain tu m’fais partir en hors sujet sur mon propre blog, salaud).

    En tout cas, ton propos prouve qu’un bon chef d’État, qu’un homme qui dirige un pays, c’est un type qui s’efforce de ne pas tomber dans le pathos. C’est un type qui fait pas dans les sentiments.

  4. Myth :

    Penser autrement qu’à coup de dettes et faire de vraies conférences à envergures mondiales « On a le fric, vous avez la main d’oeuvre, on oublie la paire de couilles ? » L’argent mal diffusé attire les économies sous-terraines qui parasitent vaguement le développement mode « service public ». Je sais, BORDEL c’est infaisable ! Ingérence, néo-colonialisme, politiquement correct, blablabla…

    C’est la mort.

  5. Troll :

    Je tiens tout d’abord à te féliciter : finir un article en opinant avec Frédéric Lefebvre, c’est priceless.

    Puisque tu es dans une optique constructive et factuelle (fuyant le pathos et l’idéologie, sic), je suis preneur de chiffres (même grossiers) qui expliciteraient la menace que fait peser sur notre système social l’immigration illégale.

    Pour ma part, j’aurais tendance à penser qu’il est plus menacé par ceux qui prêchent contre l’impôt et « l’assistanat » que par les hordes de grand-mères maghrebines en attente de chirurgie.

  6. Nicolas Chavardès :

    Olé un commentaire de Trollinou, ici. J’ignorais que tu avais connaissance de mon blog.
    Concernant Lefevbre, oui c’est une tache, il passe mal à l’écran, c’est pas un type très brillant. Mais c’est pas pour ça que je vais ignorer les quelques moments où il « brille ».

    Concernant les chiffres, l’AME coûte un peu moins de 500 millions d’euros par an (490 selon Brice). Je ne vais pas en communiquer d’autres car je ne les connais tout simplement pas, il faudrait recouper un tas de trucs, c’est pas mon boulot, c’est pas dans mes compétences. 500 millions, donc, en se basant sur ce chiffre uniquement, c’est vrai que c’est pas énorme, ça doit faire 20 à 30€ par an et par français imposable, mais à ça s’ajoutent les chiffres mystères dont, je l’avoue, j’aimerais bien qu’on connaisse la nature.
    Tu les as, toi, ces chiffres ?

    Et sinon vu le contexte, vu comme les choses évoluent, c’est gonflé de dire que le système social français est menacé par ceux qui prêchent contre l’impôt et l’assistanat. Ils ont beau avancer des arguments pertinents, ils sont ignorés.
    Ainsi même l’UMP laisse la France dans cette machine sociale qui carbure à l’impôt.

  7. Nicolas Deschamps :

    Le problème me parait bien trop complexe pour être traité en un billet et quelques commentaires…
    Un nombre immense de facteurs figés rentrent en jeu, tel que le climat de certains pays d’Afrique Noire par exemple. (Ca parait con, hein ?)

    On parle de « perte de combattant » mais qu’est-ce qu’un bon combattant si ce n’est une personne patriotique, influençable et conditionnée.
    Et si un Homme d’un pays en guerre préfère fuir dans un autre pays pour aller y travailler, étudier, ou tout simplement conserver son droit de vivre, ça me parait tout à fait légitime.

    Ca fait longtemps que le problème de l’immigration serait réglé s’il était cause de lourdes pertes financières pour l’état… Et les chiffres de Brice, personnellement, je ne veux même pas les entendre.
    Pour ce qui est des 500 millions d’euros, au pire ça ne représente même pas 5% du bénéfice réalisé par l’état avec la TVA. (Qui au passage est un impôt auquel même un immigré clandestin cotise du moment où il consomme).

    Dans tous les cas, avant d’arriver à une solution acceptée par tout le monde et qui soit viable, il faudra je pense à l’homme encore plusieurs centaines d’années.

    La finalité idéale est à mes yeux une ouverture complète des frontières, mais comment y arriver ? Je n’en ai aucune idée. Dans une prochaine vie je ferai Sciences Po ou l’ENA afin d’avoir plus d’outils m’aidant à nourrir ma réflexion.

  8. Siam :

    Ouch Nico

    C’est d’une démagogie et d’une inculture crasse ce que tu nous sors là.

    Je reviens plus tard, j’aime pas poster à chaud.

    Mais là pour le coup c’est du beau nawak.

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