
C’était à Toulouse, dans un bar. Un pub, en fait. Le London Town. Si je dois aller dans un bar à Toulouse, c’est celui la. Parce qu’il est super, déjà, pour commencer. Et en plus j’ai un pote qui y bosse. Et une autre raison s’ajoute maintenant à la liste : j’y ai rencontré le mec qui a inventé « lol ».
C’est un grand mec, d’une soixantaine de kilos, enfin il est fin comme un pinceau quoi, avec sa grosse touffe blonde posée sur sa tête. Il doit avoir la trentaine, j’ai oublié de lui demander, et il garde sur le visage de nombreuses marques de sa puberté. Il s’appelle Roger, enfin ça se prononce rodgeur, car il vient de Toronto. Lui quand il s’est présenté à moi, il a dit « rogeu », parce qu’il voulait que je prononce ça à la française. Je l’ai bien sur appelé rodgeur toute la soirée.
Ce type est très sympa. Vraiment. Amical, drôle, généreux, honnête. Honnête ouais, c’est un mec qui est capable de se remettre en question. Par exemple, il regrette profondément son invention. Elle lui a échappé, il le reconnaît, il le regrette. Il regrette « lol ». Il n’imaginait pas du tout les choses comme ça.
Il m’a raconté comment c’est arrivé. C’était en 1991, sur un groupe Usenet de fans de Dragon Ball. Il m’expliquait qu’ils ne savaient pas vraiment comment retranscrire leur rire. Il m’a dit qu’avant, ils écrivaient « aitch euh aitch euh ». Hehe, quoi, en gros. Et puis un jour, il a commencé à écrire lol. Et l’acronyme a très vite été utilisé par tous les membres du groupe. Tout d’abord au sein du groupe uniquement, et puis finalement ça a transpiré. Rapidement. L’expression ne lui appartenait plus, seuls les membres du groupes assimilaient « lol » à rogeuh.
Quand je lui ai demandé ce qu’il pensait de « Moi j’te dis lol », il s’est mis à sangloter. Quand je lui ai parlé du film « LOL », il a commandé un verre de Jameson qu’il a bu d’un trait. Roger se sentait comme un scientifique dont le progrès dont il est à l’origine s’est transformé en arme de destruction massive. Quand j’ai évoqué l’image, il a approuvé, et il s’est mis à hurler : « J’AI DETRUIT INTERNET. J’AI DETRUIT INTERNET ». Il a avalé un deuxième verre.
A la fin de la conversation, il m’a dit que si on se recroisait, ce dont il doutait car il partait s’exiler dans la honte en Laponie, il me suppliait de ne pas le dénoncer. Il a employé le mot dénoncé, oui. Il m’a dit qu’il ne voulait surtout pas qu’on l’emmerde avec cette histoire, encore, et encore.
Alors j’ai respecté cette promesse faite à ce malheureux. Je ne révèle ici que son prénom, mais je tenais à partager avec vous son histoire. Car on peut de celle-ci tirer une conclusion. Il faut faire attention aux outils qu’on met dans les mains des hommes, car leur usage peut être modifié, et leur emploi peut changer la face du monde de façon irréversible.

16 février 2010 at 18 h 33 min
LOL
16 février 2010 at 21 h 31 min
mdr
16 février 2010 at 22 h 28 min
Ça sent l’article que tu t’es forcé à écrire parce que ça faisait longtemps que y’avait plus eu de billets ici. Sinon c’est pas mal; pour une fois que t’écris un truc assez court pour ne pas être indigeste!
16 février 2010 at 22 h 54 min
Si je devais me forcer à écrire, je l’aurais fait depuis longtemps…
J’ai juste pensé à cette histoire cet après-midi.
Ton odorat n’est pas très développé.
16 février 2010 at 22 h 59 min
Sinon pour la deuxième partie de mon commentaire… On est d’acc?
17 février 2010 at 0 h 06 min
Pour dire que c’est court ? Oui, difficile de dire le contraire…
Les publications « société » sont forcément un peu plus épaisses, puisqu’elles sont soit des réflexions, soit des démonstrations. Ce n’est juste pas le même registre.
17 février 2010 at 10 h 31 min
cool story bro !
20 février 2010 at 23 h 26 min
Tu es sûr que c’était lui ? Tu as vérifié ?
20 février 2010 at 23 h 31 min
C’est pour rire Jean-Benoît :(
Je n’ai jamais rencontré ce type, il n’existe pas, sauf dans ma tête.
:(